Que dire sur le Château d’Ussé, le célèbre château de La Belle aux Bois Dormant ? Tant de choses.

Visité un matin à la fraiche lors d’un petit séjour dans la région (voir aussi le carnet de voyage « 4 jours dans les châteaux de la Loire« ), je suis, dès l’arrivée sur le petit parking, subjugué par la beauté de ce château surplombant le fleuve.

En effet, toutes ses tours et toitures en pointe lui confère réellement un air de château de contes de fées. Il est aussi très surprenant de part son architecture mélangeant les styles. Les jardins à la Française de Le Notre ne sont pas disproportionnés, même plutôt intimistes et très bien entretenus. Chose rare, je m’y suis même installé un moment pour m’imprégner de cette ambiance si particulière et profiter de la vue.

L’accueil y est agréable et des animations sont organisées pour les plus petits. Il n’y a pas de restauration à proprement parlé dans l’enceinte du château, mais une cabane avec terrasse installée juste à côté du parking fait parfaitement l’affaire si vous avez un petit creux. A noter que la famille propriétaire demeure toujours dans le château, et que certaines salles encore utilisées pour les réceptions et repas de famille sont visibles lors de la visite.

Et je sais je le dis souvent, mais encore une fois, on ne peut que constater l’énorme écart qu’il y a entre les châteaux privés dans lesquels les familles mettent tout leur coeur et leur passion pour les faire vivre, et les châteaux appartenant au domaine public, qui eux sont souvent décevant de part les prestations proposées mais aussi du point de vue entretien et animations.

Dessin coloré représentant le château d’Ussé, 1699.

Son histoire

Le site est habité depuis la Préhistoire, comme en attestent les traces retrouvées sur les lieux. On note également une présence gallo-romaine (petit tumulus et tombes), et certaines rumeurs en font le domaine du gallo-romain Uccius ; en effet, ces riches propriétaires ont souvent laissé leur nom aux petites agglomérations qui y sont apparues devenues paroisses puis communes.

Cité au vie siècle sous le nom d’Ucerum (chronique de Turons), le site d’Ussé, adossé à la forêt de Chinon, occupe un espace stratégique, contrôlant la route de Chinon, et la navigation de la Loire et de l’Indre.

Le premier seigneur connu d’Ussé fut en 1004 le chef viking Guelduin Ier de Saumur (dit le diable de Saumur), seigneur de Saumur, d’Ussé et de Pontlevoy, portant les couleurs des comtes de Blois Thibaut II puis Eudes II. Il édifia la première forteresse en bois.

Son fils Guelduin II lança en 1040 la construction en pierre d’un premier château.

En 1099, Olivier d’Ussé est le seigneur des lieux. Sa famille semble conserver la seigneurie jusqu’au XIVe siècle, et l’époux de Marie d’Amboise dame de St-Calais, Olivier d’Ussé, qui vend St-Calais à Jean III de Bueil vers 1391/1393, doit être l’un de ses membres. Au tournant des XIVe et XVe siècles, Ussé passe aux familles de Montjean puis de Bueil : Jeanne, fille de Vaslin d’Ussé, épouse Briant V de Montjean, d’où Jean de Montjean, père lui-même de Jeanne de Montjean mariée à Jean V de Bueil, fils de Jean IV et petit-fils de Jean III qu’on vient d’évoquer.

Vers la fin de la guerre de Cent Ans, en 1424, Jean V de Bueil (1405/1406-1478), comte de Sancerre et amiral de France, seigneur d’Ussé et capitaine notable des armées du roi, membre d’une des plus illustres familles tourangelles, fait construire la structure de base du château actuel. Il meurt en 1477.

Son fils Antoine (né vers 1440/1445-† après 1506), comte de Sancerre en 1478 et sire d’Ussé en 1456, épouse en 1462 Jeanne de Valois, fille de Charles VII et d’Agnès Sorel, qui lui apporte une dot de 40 000 écus d’or. Dans les années 1460, il entreprend la reconstruction du château dans le style du xve siècle. Surendetté, Antoine de Bueil vend Ussé à Jacques d’Espinay en 1485.

D’origine bretonne, Jacques d’Espinay est le fils du chambellan du duc François II de Bretagne. Il devient lui-même chambellan des rois Charles VIII et Louis XII, puis accède à la fonction de grand-maître de l’hôtel de la reine. Il poursuit les travaux du château et fonde en 1521 la collégiale, destinée à devenir la chapelle funéraire de sa famille.

Son fils Charles et sa belle-fille Lucrèce de Pons poursuivent les travaux. Leur fils René leur succède en 1534. La chapelle, dédiée à sainte Anne, est consacrée le 11 août 1538.

Lui-même criblé de dettes, René vend le château en 1557 à Suzanne de Bourbon-Montpensier (1508-† 1570), fille de Louis de Bourbon-Vendôme prince de la Roche-sur-Yon et de la duchesse Suzanne de Bourbon-Montpensier, épouse en 1529 de Claude Ier de Rieux, comte d’Harcourt (+1532).

La fille de Suzanne de Bourbon, Louise de Rieux (~1531-~1570), comtesse d’Harcourt, apporte le domaine à son époux René de Lorraine, marquis d’Elbeuf. Toujours par mariage, Ussé passe ensuite à Henri de Savoie, duc de Nemours, qui meurt en 1632 : car la fille de René et de Louise de Rieux, Marie d’Elbeuf (1555-† 1605), avait épousé en 1576 son cousin Charles Ier de Lorraine, duc d’Aumale (1555 † 1631), et leur fille Anne d’Aumale (1600-† 1638) se maria en 1618 à Henri de Savoie, duc de Nemours (1572-† 1632).

Après une succession de propriétaires (en 1653 et 1658, on trouve Christophe Fournier de Blamécourt puis François-Armand Fournier du Plessis), le château est acquis en 1659 par Thomas Bernin, marquis de Valentinay, secrétaire du Roi ; c’est en 1664 qu’il fait aménager les jardins d’après des dessins de Le Nôtre.

En septembre/décembre 1700, la châtellenie d’Ussé est érigée en marquisat en faveur de Louis Ier Bernin de Valentinay (~1627-1709 ; fils de Thomas), receveur général des finances à Tours et ami de Charles Perrault qu’il recevra plusieurs fois au château. Le domaine comprenait également les terres de Rivarennes et Bréhémont.

Il est écrit dans le dossier :

« La Seigneurie d’Ussé est très considérable, et d’une grande étendue, consistant en un château avec cinq grosses tours et fermé de fossés à fond de cave et pont-levis, dans l’enceinte duquel est une église (chapelle actuelle), qui en est la paroisse où il y a un Chapitre composé d’un Doyen et de cinq chanoines de la Fondation des Seigneurs du dit lieu, avec un parc de soixante arpents, clos de murs, et avec tous les ornements qui peuvent rendre une terre capable de porter un titre éminent ».

Le fils de Louis Ier, Louis II Bernin de Valentinay (1663-1740), marquis d’Ussé, contrôleur général de la Maison du roi, épouse en janvier 1691 Jeanne-Françoise Le Prestre de Vauban, décédée le 14 novembre 1713, seconde fille du maréchal de France. Ils auront trois enfants : Louis III Sébastien marquis d’Ussé (1696-1772 ; sans postérité), et deux filles dont la cadette sera religieuse à Sainte-Marie-de-Saint-Denis, et l’aînée Henriette-Magdeleine, dernière marquise d’Ussé, restera sans postérité. Vauban viendra d’ailleurs plusieurs fois au château et plusieurs plans de fortification y furent réalisés. Il est d’ailleurs l’auteur de la construction « italienne » et des terrasses du château, ainsi que de l’allée dite des Cavaliers.

Voltaire y aurait séjourné et écrit une partie de La Henriade.

En 1780, les lointains descendants et héritiers des Bernin de Valentinay (Anne-Claude Bonnin de La Bonninière, 2e marquis de Beaumont) vendent le château aux Rohan-Guéméné-Montbazon (notamment Charles-Alain-Gabriel), qui le cèdent en août 1785 à Louis-Vincent Roger de Chalabre, dernier seigneur d’Ussé, entrepreneur de jeux et manieur d’argent lié à Marie-Antoinette, avec l’ensemble du marquisat : Rigny, Rivarennes, Bréhémont. En 1807, Amédée-Bretagne-Malo de Durfort duc de Duras, revenu d’Angleterre, après avoir racheté le château de Duras achète le château d’Ussé aux Roger de Chalabre. Les cèdres du Liban ramenés de Terre sainte en 1817 par François-René de Chateaubriand pour son amie Claire de Kersaint, épouse du duc de Duras, sont encore visibles près de la chapelle. L’écrivain y aurait rédigé une partie des Mémoires d’outre-tombe.

Louis XVIII offrit aux châtelains d’alors son portrait, encore accroché au mur de l’escalier d’honneur.

L’architecte français Pierre-Charles Dusillion, qui restaura et « compléta » le château voisin d’Azay-le-Rideau, fut également employé à Ussé ; il fut l’auteur vers 1835 de l’hôtel particulier du 14, rue Vaneau à Paris (VIIe) de style néo-Renaissance, dont la façade fut ornée par le sculpteur Molknecht. La dernière des Durfort de Duras, Claire-Louise-Augustine-Félicité (1798-1883 ; fille aînée du duc Amédée-Bretagne-Malo ; sans postérité de ses deux mariages qui l’avait faite princesse de Talmont puis comtesse de La Rochejaquelin), transmet le domaine d’Ussé à son petit-neveu le comte Bertrand de Blacas : Bertrand était le fils de Xavier de Blacas (1819-1876), dernier fils du duc Pierre-Louis-Jean-Casimir de Blacas d’Aulps (1771-1839) et de sa femme Félicie-Georgine de Chastellux-Duras (1830-1897 ; mariée en 1849 ; nièce de Félicité de Durfort de Duras, elle était la fille d’Henri-Louis de Duras-Chastellux (1786-1863) et de Clara de Durfort de Duras (1799-1863), fille cadette du duc Amédée-Bretagne-Malo de Durfort de Duras). Le fils de Bertrand, le comte Louis de Blacas, a pour fille Hélène de Blacas (1921-2005), qui épouse son cousin le 6e duc Pierre de Blacas d’Aulps (1913-1997) ; leur fils Casimir-Marie-Bertrand-Michel 7e duc de Blacas d’Aulps, né à Ussé en 1943, devient ensuite propriétaire du domaine d’Ussé.

Architecture

Le château présente deux styles architecturaux, l’un d’inspiration médiévale et gothique et l’autre de la Renaissance. La cour intérieure présente un exemple de ces deux styles. La première partie des travaux de construction date du XVe siècle (gothique, à gauche) par Jean V de Bueil. Le château sera achevé sous l’aspect actuel aux XVIe siècle (renaissance, de face) et XVIIe siècle (classique, à droite).

Les jardins à la française ont été inspirés par Le Nôtre, le jardinier de Louis XIV.

Collégiale Notre-Dame

Construite entre 1521 et 1535 par Charles d’Espinay et son épouse Lucrèce de Pons, la collégiale d’Ussé, dédiée à la Vierge et à sainte Anne, fait office d’oratoire privé et de chapelle funéraire. La porte d’entrée, en anse de panier, est surmontée d’un entablement et d’un fronton cintré à coquille. Les embrasements de l’arc sont ornés de dix-sept médaillons d’où apparaissent les bustes des douze Apôtres sur les côtés (le Christ est au centre). À droite du Christ, et de haut en bas se trouvent Pierre, Jean, Jacques le Majeur, André, Thomas, et peut-être Jacques le Mineur. Les quatre médaillons du bas ont pour thème la Mort.

Les stalles du XVIe siècle, de style gothique enrichies de décors « à l’Italienne », sont de Jean Goujon.

Une statue de Dieu le père trône sous un baldaquin, tandis que l’on peut admirer une Vierge en faïence émaillée de Luca della Robbia.

Ouvrages de référence

Informations utiles

chateauusse@gmail.com

Tel: 02 47 95 54 05

CHÂTEAU d'USSÉ, 37420 Rigny-Ussé