Le tombeau de Clément V à Uzeste

Si Clément V a voulu marquer de nombreuses églises de sa région d’origine, il a surtout laissé sa trace à Uzeste, qu’il choisit pour y établir sa dernière demeure. Non loin de Villandraut et de Roquetaillade, la petite bourgade d’Uzeste, située à la limite des diocèses de Bordeaux et de Bazas, était au Moyen Âge un centre de pèlerinage marial renommé. Ce n’est qu’en avril 1312 que Clément V décide d’ériger l’église paroissiale de Notre-Dame d’Uzeste en collégiale, dotée d’un chapitre de douze chanoines.

La transformation en collégiale amène la construction d’un chœur à cinq pans plus haut et entouré d’un déambulatoire à trois chapelles rayonnantes, élevé grâce à la générosité de Clément V. Comme souvent en Gascogne, les travaux sont interrompus par la guerre de Cent Ans et le manque d’argent ; ils ne reprennent qu’à la fin du XVe siècle.

L’église est aujourd’hui privée de sa parure ; son seul décor consiste dans les chapiteaux des piliers du côté nord de la nef qui représentent d’est en ouest l’histoire de la Genèse.

Dans le codicille ajouté à son testament, le 9 avril 1314, Clément V demande à être enterré dans la collégiale d’Uzeste. Il n’a sans doute pas choisi Uzeste au hasard ; tout au long de son existence, il témoigne d’une grande dévotion à l’égard de sa statue miraculeuse de Notre-Dame. En élisant la collégiale, il rejoint aussi des proches qui y ont déjà leur sépulture. L’église conserve encore de nos jours, dans la chapelle nord, le gisant du chevalier Pierre de Grailly, mort en 1303. Bertrand de Bordes, ami et trésorier de Clément V, nommé par lui évêque d’Albi, mort en 1311, y est également enseveli.

Après la mort du pape, le 20 avril 1314 à Roquemaure, son neveu se charge de faire élever son tombeau, mais il meurt en 1325 sans avoir vu l’ouvrage terminé. Il ne sera achevé et installé dans le chœur de la collégiale qu’en 1359. Restauré au XIXe siècle, le tombeau de Clément V se présente comme un grand coffre rectangulaire en marbre noir de Dinan, surmonté d’une dalle de la même pierre sur laquelle se déploie une longue épitaphe en latin :

« Ici repose d’heureuse mémoire, Monseigneur Clément V, pape, fondateur de l’église d’Uzeste et de Villandraut qui mourut à Roquemaure, au diocèse de Nîmes, le 30 avril de la 9e année de son pontificat, fut porté de cette église de la Bienheureuse Marie le 27 août de l’année qui suivit immédiatement l’an du seigneur 1314 et fut enseveli le… 1359 ».

La collégiale, fondée par Clément V pour s’assurer un salut éternel, fut abolie par la Révolution en 1793. À l’occasion de fouilles entreprises à la fin du XIXe siècle, on découvrit dans l’église le squelette d’un individu de sexe masculin. Une étude anthropologique permit de l’identifier comme un homme d’une taille de 1,77 mètre, sans doute mort au Moyen Âge. Est-ce celui du pape Clément V ?

Le gisant en marbre blanc de Carrare a été abîmé par les huguenots, la tête séparée du corps et la face martelée. Le tombeau qui était un mausolée majestueux a également été profané et détruit pendant les guerres de religions. Le pape est figuré les pieds appuyés sur un griffon, les mains jointes. Il est vêtu d’une dalmatique, d’une chasuble et d’un amict à collet brodé et porte la manipule sur le bras gauche. La délicatesse et le souci de détail de la sculpture mettent en valeur les broderies des vêtements, et les bijoux et les perles qui les ornent.

La particularité architecturale de la Collégiale

LE TYMPAN du 14e siècle représente le Couronnement de la Vierge par le Christ. Tous deux sont assis sur un banc et entourés d'anges. Une archivolte de feuillage encadre la scène. Au-dessous, le linteau date de l'époque romane. Le tympan et le linteau ont été mutilés lors des guerres de religions.

La nef est bordée de bas-côtés ; les piliers fins et épais alternent pour supporter les voûtes sexpartites (à 6 pans) et sont décorés de fines colonnettes. Les voûtes sexpartites sont la particularité d’Uzeste car la plupart des églises et cathédrales ont des voûtes quadripartites (à 4 pans). Le transept roman est peu saillant. Le choeur est très élégant avec ses colonnes et ogives (arcades) élancées. L’abside à 5 pans est enveloppée par un déambulatoire sur lequel s’ouvrent 3 petites chapelles dont celle de la Madone au centre. Sa statue en grès fin date du 14e siècle ; elle a été en partie restaurée après la Révolution Française. Les vitraux du 19e siècle sont du maître verrier bordelais Joseph Villiet. Les vitraux les plus élevés sont dédiés à Marie : l’Annonciation, le Couronnement et l’Adoration des mages. Les vitraux au-dessous racontent l’histoire du pape Clément V. Des témoignages de l’église romane subsistent : des chapiteaux à personnages ou feuillages, des têtes, le gisant d’un chevalier et la statue d’un évêque.

Ouvrages de référence

Informations utiles

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Tel: -

Place de l'Église, 33730 Uzeste