Très beaux vestiges de ce château Clémentin à l’allure imposante. Pour rappel, on nomme « châteaux Clémentins » les châteaux liés au Pape Clément V tels que Villandraut, Budos, Roquetaillade, Fargues, La Trave.

Un grand merci à l’association Adichats pour leur accueil et pour le travail qu’ils font au quotidien sur plusieurs monuments de la région.

Un nom remontant dans les siècles, mais dont l’origine est fort controversée

Si le château actuel ne date que du début du XlVe siècle, le village en refermait un autre plus ancien ; par là-même l’occupation du lieu est donc plus ancienne. En fonction des diverses dissertations que nous trouvons nous nous apercevons que l’origine du nom est fort controversée. En premier lieu une origine serait espagnole, avec la famille de Villandrado… selon Quicherat…  » … Vers 1200, vivait un cadet de Biscaye appelé Don Lopez et apanagé de Villandrado, lequel eut deux fils. Don André le plus jeune, ayant une petite part au patrimoine, passa en France à la suite de Blanche de Castille, s’arrêta en Guienne et là, fit si bien qu’il acquit une seigneurie près de Bazas qui, de son nom, s’appela et s’appelle encore Villandraut. Un demi siècle ne se passa pas, que le manoir de Villandraut porté dans la maison de Got par la fille ou la petite-fille du même André, vit naître le fameux Bertrand de Got qui fut Pape sous le nom de Clément V ; si bien que les Villandrado, à cause de la parenté, ne se faisaient pas faute en parlant de lui : « Notre cousin le Pape Clément. » Si étranges que paraissent ses allégations déduites de la tradition espagnole, on ne pourra guère se refuser à les mettre au nombre des faits incontestables au moins en ce qui concerne la généalogie de Bertrand de Got, lorsqu’on saura que Béraud de Got, a eu, de l’aveu des généalogistes français deux femmes dont une seule, Ida de Blanquefort, avait pu être nommée jusqu’ici ; que le même Béraud est le premier de sa maison qui se soit intitulé seigneur de Villandraut ; enfin que son premier né Arnaud de Got, qualifié de « frère germain » par le Pape Clément V, joignait à son nom de baptême celui de Garcia, patronymique chez les Villandrado d’Espagne ». Il est vrai que le patronyme de Garcia est d’origine espagnole.

En deuxième lieu si l’on en croit l’Abbé O’Reilly, il apparait qu’un certain Arnaud Garcias de Got, vivant vers 1165, eut pour fils Béraud Garcias de Got, écuyer, seigneur d’Uzeste et de Villandraut ou plutôt Vignandrondron, qui eut pour fils Arnaud Garcias et Bertrand. En suivant cette autre hypothèse, le nom de Garcia, Garcias ou Garcie remonte bien avant 1200 dans la famille de Got, cependant Béraud est qualifié de seigneur de Villandraut (Vigandrondron). et non son père. Un autre fait se rapportant plus aux différentes formes d’écritures du nom de Villandraut donne l’origine à une famille noble de Bordeaux, la famille d’Andron. En effet, le nom de Villandraut s’orthographiait, Vignandrondron, Vignandraldum, Vinhandrandum, Vignandraldo, Villandrandus… Ainsi le village ainsi que des vignes étaient la propriété des Andron et seraient devenus Villandraut.

Quelle hypothèse prendre ? Nous suivrons plutôt l’Abbé O’Reilly..

La famille de Got, seigneur de Villandraut

Vers 1200, peut-être bien avant, existait une paroisse appelée Saint-Martin de Got située rive droite du Ciron et un certain Bertrand du Gouth en était le seigneur. Le lieu de Villandraut, rive gauche dépendait de cette paroisse et se situait sur la châtellenie et la juridiction de Castelnau de Cemès ; vaste seigneurie qui a toujours appartenu à la famille d’Albret. Il semble que vers 1220 les deux familles se soient unies. Si la famille de Got, semble remonter au début du XlIe siècle par Rostaing, mort en 1140, le grand-père de Bertrand de Got était Odet d’Albret qui épousa Jeanne de Got fille unique de Haquin de Got, mort en 1250, qui lui légua tous ses biens, étant donné que l’époux et la descendance de sa famille portent le nom et les armes des Got. Leur fils aîné, héritier des possessions, Béraud de Got épousa Ida de Blanchefort. De leur union naquirent 6 filles et 5 garçons, l’aîné étant Arnaud Garsie. Les Got, seigneurs de Villandraut, étaient en cette fin du XIlle siècle, attachés et fidèles au parti anglais.

Saint-Bertrand de Comminges

Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux

La famille de Got vivait dans un château situé à l’emplacement de l’église actuelle, dont une tour était encore visible au siècle dernier. Bertrand de Got était sûrement né dans ce château en 1264. Entré dans les ordres, il devint chanoine et sacristain de Saint-André de Bordeaux, puis évêque de Saint-Bertrand de Comminges. Le 23 décembre 1299, Boniface VIII lui conféra l’archevêché de Bordeaux. Bertrand de Got était entré au sein de l’église car celle-ci offrait des possibilités de carrière et de revenus. De plus, Bertrand avait un bon bagage de sciences juridiques, probablement acquis aux universités d’Orléans et de Bologne après un passage au prieuré Grandmontain de Deffes. Cependant avant d’en arriver là, au siège archiépiscopal de Bordeaux, il était au service du Roi?Duc et le suivit donc dans de nombreuses affaires. C’est par la position de certains membres de sa famille qu’il entra dans l’église. Béraud de Got, son frère, était en 1289 archevêque de Lyon et prit Bertrand comme vicaire général.

Bertrand, archevêque de Bordeaux, sut être à la fois habile et autoritaire, ne serait-ce que dans la situation politique du duché, (conflits entre le Roi-Duc et le Roi de France). Ainsi après la saisie du Duché et, au vu des grands dommages causés par la guerre, le Roi de France, Philippe le Bel, ordonna à son Sénéchal le versement de la somme de 120 livres au Prélat. Par la suite, ce fut par une démarche personnelle, le monastère de Sainte-Croix qui lui céda pour cinq ans les profits de ses prieurés et autres biens, le 25 mai 1301. Ensuite l’archevêché dut s’engager dans le différend opposant les Rois de France et d’Angleterre ; ainsi Bertrand de Got était à l’assemblée parisienne en avril 1302, et « protesta violemment que ni lui ni son église ne devaient hommage et le serment de fidélité au Roi ». On le vit au concile romain en 1302. La mort de Boniface VIII entraîna l’apaisement de la crise et Bertrand put reprendre une activité plus régionale, dans sa Guyenne natale. Malgré cela, il s’arrogea la qualité de Primat, ce qui déplut fortement à Gilles Colona, archevêque de Bourges et, par là même, Primat d’Aquitaine. Il débuta à la Pentecôte 1304, la visite de sa province ecclésiastique et c’est à Lusignan le 20 juin 1305 qu’il apprit sa nomination.

Le Pape Clément V, grand seigneur de Villandraut

Benoît XI, élu le 22 octobre 1303, mourut à Pérouse le 6 juillet 1304. Le Saint-siège demeura vacant durant 11 mois. Bertrand de Got, élu Pape le 5 juin 1305 à Pérouse, prit le nom de Clément, le cinquième, le 24 juillet 1305.

Après sa nouvelle nomination il rejoint Bordeaux. Le peuple tout au long du chemin le saluait et l’acclamait. Il trouva une ville en liesse lors de son arrivée en juillet 1305. Peu après le 23 de ce mois il reçut la lettre des Cardinaux, partie de Pérouse, annonçant la décision du Conclave. Dans la ville il y avait foule, ainsi que des représentants des monarques. Cela entraîna la prise de mesures de sécurité et de ravitaillement par le Sénéchal d’Aquitaine. Le 4 septembre le Pape partit de Bordeaux et passa, sur son chemin, à Villandraut.

Il fut couronné à Lyon en l’église Saint-Just, le 14 novembre 1305. En mai 1306, il était de retour à Bordeaux. Auparavant, il avait rencontré Philippe le Bel. Le Pape fit part d’un népotisme grandissant; en effet, de ses neveux, nombreux furent ceux qui eurent des charges importantes dans l’église, (cardinaux, chanceliers, gouverneurs… ) et ce, dès décembre 1305. Après une maladie assez grave, il alla se reposer à Pessac, dans son manoir. Ce domaine près de Bordeaux lui avait été cédé par son frère aîné. Il était constitué d’une demeure et de terres, dont la part agricole produisait déjà du vin. Par la suite ce domaine échut à l’archevêché de Bordeaux. De nos jours la terre existe toujours, et le manoir médiéval a été refait au XIXe siècle. Il s’appelle Château Pape-Clément et l’essentiel de la terre est planté de vignes. Puis il passa Noël à Villandraut. Au début de l’année 1307, il reprit la route pour se rendre à Poitiers pour y rencontrer Philippe le Bel. Peut-être y parla-t-on des Templiers ?… En 1308, Clément V est de retour en Bazadais et Bordelais. Le 18 juillet 1308, le Roi de France venant de conclure la paix avec le Roi d’Angleterre, cédant aux instances de Clément V, pardonne aux Bordelais. Puis, il reprit la route vers Avignon et fit une longue halte à Villandraut dans son château qui était en construction, mais dont les travaux étaient déjà fort avancés en novembre 1308.

Clément qui voulait sûrement avoir une vaste demeure digne de son prestige, avait dû déjà avoir l’idée de se faire édifier un château dans son village natal avant de devenir Pape. Les travaux de construction de ce vaste palais fortifié ont commencé en 1305, probablement sous la direction de l’architecte savoyard maître Jacques de Saint-Georges. Cependant, il est difficile de l’affirmer car nous n’avons pas de textes donnant le nom de l’architecte. Nous travaillons ici uniquement par analogie sur des châteaux qu’il a construit, Saint-Georges d’Espéranche et des oeuvres du Pays de Galles. Cependant, il se peut aussi que Villandraut découle d’une logique plus française amorcée au château de Druyes au XIIe siècle. La similitude du plan est très proche des châteaux « Philippiens », élevés par le Roi de France Philippe-Auguste, en Ile de France, comme le Louvre. Clément V fut un Pape déraciné. L’Italie étant en proie à une grande insécurité, il installa la papauté dans le Comtat Venaissin. Il fut ainsi le premier Pape d’Avignon, la ville appartenant alors à la maison d’Anjou, régnante aussi à Naples et vassale de l’église romaine, le Comtat étant propriété de l’église. Clément V est à Avignon au printemps 1309 et loge au couvent des Frères Prêcheurs. La cour, de son côté, loge dans les hôtels et maisons bourgeois.

Avignon a l’avantage d’être en France et proche de Vienne où doit se tenir le concile. Le Pape séjourna à Vienne de septembre 1311 à mai 1312, date de son retour au prieuré du Grozeau. En fait, Clément V avait toujours le désir d’aller à Rome, dont il est l’évêque ; est-ce pour cela qu’il ne résidait pas à Avignon ? La ville devint la résidence réelle des Papes lors de l’élection de Jean XXII. Mais c’est surtout Benoît XII qui commença la construction du fastueux palais. Clément V vivait plutôt au Groseau à Châteauneuf, et aussi au château de Monteux, propriété du vicomte de Lomagne. De 1312 à sa mort le 20 avril 1314, il ne sera resté que 160 jours à Avignon. Cependant, l’ensemble du personnel pontifical réside à Avignon.

Clément V fut le Pape de l’affaire des Templiers. Le Roi de France, Philippe le Bel, monarque puissant mais sans cesse nécessiteux, lorgnait depuis longtemps la richesse de l’ordre du Temple. Ne parle-t-on pas de la fameuse entrevue secrète de Poitiers. Malgré les pressions de Philippe le Bel, l’affaire traîna en longueur. Le concile général de Vienne se réunit le 16 octobre 1311 et le 6 mai 1312. Le 13 avril 1312, en séance plénière, en présence du Roi, il promulgua la bulle « vox in coelo » qui supprimait l’ordre du Temple. Un mois plus tard, le Pape décréta la dévotion des biens du Temple à l’ordre de l’Hôpital Saint-Jean de Jérusalem. Les grands dignitaires de l’ordre, avec à leur tête le Grand Maître Jacques de Molay, avaient été condamnés au bûcher en 1314. Jacques de Molay maudit le Roi de France, Guillaume de Nogaret et le Pape Clément, « à comparaître devant le tribunal divin dans moins d’une année… »

Lors de ce même concile, il fut question aussi de la réforme de l’église. Celle-ci fut en fait étudiée dans une commission cardinalice, très dirigée par le Pape lui-même. Le rôle de celle-ci ne se boma presque qu’à rédiger les canons préparés par Clément V. Ces textes en droit canon sont appelés les Clémentines. Clément V produisit plus de 10 500 bulles, dont de nombreuses qui intéressent directement le midi aquitain ; certaines sont datées de Villandraut, le 20 novembre 1308. Après 1308, Clément V ne revit jamais sa terre natale et par la même son château tout neuf. En 1312, il avait fait rebâtir l’église du village qui était devenue collégiale ; elle était desservie par un doyen et douze chanoines ; l’église s’élevait contre le vieux donjon familial. En 1314, Clément V tomba malade et mourut à Roquemaure le 20 avril. Il avait choisi comme lieu de sépulture Uzeste où il avait fait ériger la collégiale. A sa mort deux de ses neveux, Bertrand de Got, vicomte de Lomagne et d’Auvillars, et Raymond-Guillaume, baron de Budos, entrèrent dans Carpentras le 24 juillet 1314, avec forte escorte armée, sous prétexte de l’enlèvement du corps de leur oncle, et y commirent de fortes exactions.

Je sais que d’autres endroits font davantage rêver… Mais, même si l’on sait que le Moyen Âge était une période beaucoup plus propre que les croyances populaires le disent, il était tout de même très rare de trouver autant de latrines dans un édifice de cette taille : 19 ! Qui dit mieux ?

Les coussièges étaient chauffées grâce à un conduit qui partait de la cheminée et diffusait l’air chaud en dessous de l’assise. Un confort Royal… non Papal !

Cette tour a été endommagée pendant la Fronde. Il aura tout de même fallu plus de 1800 coups de canon pour lui faire perdre 2 étages…

La fin de la famille de Got, une page de gloire tournée

Clément V avait testé au prieuré de Grozeau, en juillet 1312 ; il y eut un premier testament en 1310, puis celui-ci en 1312 et suivit un codicille en 1314, le 19 avril. Son légataire universel était le vicomte de Lomagne, Bertrand de Got, qui fut largement pourvu et reçut en plus d’une considérable fortune, le château de Villandraut. Le Pape laissait plus de 800 000 florins à son neveu pour faire une croisade, de même qu’il recevait une autre importante somme d’argent. Le Pape dota aussi d’autres de ses neveux et donna diverses sommes à des oeuvres et aux églises de sa région (Uzeste et Villandraut). Il ne laissa par contre que 70 000 florins à son successeur. Bertrand de Got, neveu de Clément V avait été déjà largement pourvu par Edouard II, qui pour plaire au Pape, lui avait donné le château et la ville de Blanquefort, puis lui fit d’autres donations en 1313 ; Bertrand était un tout puissant seigneur. Il épousa en premières noces Braïde de Blanquefort puis Béatrix, vicomtesse de Lautrec, dont il eut Régine ou Reine. Celle-ci épousa Jean I comte d’Armagnac et testa en sa faveur en 1325. Il recevait donc : les vicomtés de Lomagne et d’Auvillars, les seigneuries, terres et châteaux de Blanquefort, Villandraut, Duras, Monségur, Puyguilhern…

Il y eut contestation du testament par le Roi d’Angleterre. Malgré cela, très vite certaines seigneuries passèrent aux Durfort. Ainsi, Eymery de Dufort, fils de Marquèze de Got et d’Amaud Durfort, reçu Villandraut, Blanquefort et Duras. Cette famille garda ces possessions jusqu’au début du XVIIe siècle. Cependant, cette succession des Durfort donna droit en de nombreuses controverses et autres discussions d’héritage. Il advint malgré cela qu’ils conservèrent une grande partie de leur biens. Cette famille faisait partie de la grande noblesse d’Aquitaine. Ainsi en 1377, plus exactement le ler septembre, nous trouvons Gaillard de Durfort avec le Sénéchal d’Aquitaine et le seigneur de Rauzan, qui défaits, donnent leur soumission au Roi de France. Cependant, il semble que par la suite les Dufort recouvrèrent leurs grâces auprès des Anglais. En effet, des privilèges sont accordés à Gaillard de Durfort, seigneur de Duras, Blanquefort et Villandraut par le fils du Roi d’Angleterre, le Duc de Lancastre, le 4 septembre 1391 et confirmés le 22 mars 1394. Il faut croire que ces seigneurs avaient parfaitement épousé le parti anglais, puisque Gaillard III de Durfort était sénéchal d’Aquitaine au XVe siècle et ce, au moins dès 1414. Au mois d’août 1414, il résidait au château de Villandraut puisqu’il reçoit un messager de la Jurade de Bordeaux.

Le palais fortifié mis à l’épreuve des armes, une époque tumultueuse

Les seigneurs de Villandraut, les Durfort soutenaient fermement le parti anglais. En 1451, lors du traité de capitulation de Bordeaux, conclu le 12 juin, puis ratifié par Charles VII, Roi de France, le 20 juin, Gaillard de Durfort fait parti des signataires, côté anglais, avec entre autres : Gaston de Foix-Grailly, Captal de Buch, Comte de Benauge, Monseigneur Pey-Berland, Archevêque de Bordeaux… Déjà durant cette époque les troupes françaises sont passées près de Villandraut sans pour autant vraiment l’inquiéter. Ce n’est que partie remise, puisque le 23 octobre Talbot entre dans Bordeaux et, l’hiver 1452-1453 voit se dérouler les préparatifs de la Bataille. Après quelques escarmouches, ce fut Castillon qui sonna le glas des Anglais. Le 17 juillet les Anglais sont défaits et acculés contre la Dordogne, Talbot est tué. Cette bataille ouvrit les portes de la Guyenne et Bordeaux à Charles VII.

Il fallait refermer l’étau autour de la ville, ainsi plusieurs places sont prises. Villandraut est définitivement pris par Charles d’Albret qui le soumet donc à l’autorité française. La guerre se poursuivit par les prises de Cadillac, Blanquefort, et Bordeaux chuta le 9 octobre 1453. Seuls résistaient encore Rions et le Château des Benauges, fief des Foix-Grailly. L’ère anglaise était résolument passée, la France redevenait maîtresse de l’Aquitaine.

Les Durfort font partie des bannis et émigrent en Angleterre. Le château de Villandraut est confié à Antoine de Castelnau, sire du Lau, par Louis XI en 1461. Cependant, en 1465, ce dernier prend le parti des adversaires du Roi lors de la ligue du bien public. Après la victoire royale, il est arrêté et ses biens sont confisqués. Ainsi le trésor de Villandraut passe à Gaston IV de Foix (1467). Le 15 octobre 1467, à Paris, Louis XI signe des lettres patentes attribuant à Gaston IV leur contenu. Un inventaire de ce trésor est effectué les 15 et 16 novembre 1467 ; il comprenait des pièces de vaisselle d’or et d’argent, des tapisseries de verdure, de la lingerie, une librairie (Nous savons d’ailleurs que Clément V, avait une petite collection d’ouvrages). Cet inventaire a été étudié par Pierre Tucoo-Chalaa dans la revue de l’Agenais (n° 111 – 1984). Le trésor est visiblement restitué à Antoine de Castelnau en 1472, par lettre patente du 14 février ; toujours est-il que ce trésor ne sera pas restitué aux Durfort-Duras lors de leur retour en France.

La famille de Durfort bénéficia des mesures de grâce promulguées par Louis XI puisque nous la retrouvons détentrice de ses anciennes possessions après 1465. Le château connut une période plus clémente, mais peut-être avait-il eu aux yeux de certains, l’inconvénient d’avoir été construit par un Pape. En 1572, après le massacre de la Saint-Barthélémy, des Huguenots s’emparèrent de Villandraut ; ils furent contraints par la suite de l’abandonner, mais il y revinrent en 1577. Ensuite un fort parti de ligueurs s’empara de la place, marris de n’avoir pu s’emparer de Bordeaux. De là, des coups de main étaient menés sur la région. L’affaire traîna, mais exaspéré par cela, le Parlement de Bordeaux arrêta la prise et la destruction de la place. En 1592, puisque le 24 juillet, 500 sacs de froment sont commandés par le Maréchal de Matignon qui résidait à Bazas, pour les troupes qui faisaient le siège de Villandraut. Après la prise du château, celui-ci est démantelé et la tour sud-est perd deux étages. Le seigneur de Duras sauve son bâtiment en obtenant du Roi de France Henri IV des lettres patentes portant inhibitions.

Le château tombe peu à peu dans l’oubli, dédaigné des hommes

A près ces destructions le château est réparé de façon grossière, l’angle sud-est est empâté et l’on ne travaille que sur des modifications des corps de logis. Mais par la suite il est peu à peu abandonné par ses différents propriétaires qui n’y viennent qu’occasionnellement, laissant le bâtiment à la garde d’un châtelain puis d’un régisseur. Au début du XVIIe siècle le château appartenait à la famille de Lalanne (ou de Lalande). Sur acte du 4 février 1613, Mr de Lalanne conseiller au Parlement de Bordeaux, est qualifié de baron de Villandraut. On retrouve la même famille dans les mêmes fonctions en 1625. Mais il est encore question de détruire le château, on en parle le 4 septembre 1621, car des sommes ont été avancées par des courtiers. La remise en cause du château est représentée le 2 avril 1625 : « Mr Le Procureur-Syndic représente que le Sieur Andraut, substitut de Mr le Procureur Général de Bazas, l’avoir chargé de requérir de Messieurs les Jurats d’intervenir dans l’instance pendante au Conseil pour la démolition du château de Villandraut, attendu qu’étant extrêmement fort et les ennemis venant à la surprendre, pourraient incommoder toute la province. Sur quoy Messieurs Robert et de la Roquette, jurats, sont députés pour en aller informer Mr le Gouverneur de la province ». Une nouvelle dépêche est faite sur ce même sujet le 31 juillet 1625. La famille de Lalanne ou Lalande avait bien cette seigneurie puisque Sarran de Lalande, chevalier, conseiller au Roi en ses conseils d’état et privés, second président en sa Cour au Parlement de Guyenne, était baron de Villandraut. Les membres de cette famille semblent avoir tenu divers rôles soit dans la Jurade de Bordeaux ou au Parlement et cela, de 1613 à 1644, à cette date le Sieur de Lalande est Major de la ville.

En 1660, la terre de Villandraut appartenait à Mr François de Salomon, Président à mortier au Parlement de Bordeaux. De même en 1663, Henri-François de Salomon est lieutenant général en la sénéchaussée de Guyenne. Cependant, le château appartenait à la famille de Lalanne en cette fin du XVIle siècle. En effet, un aveu et dénombrement de la seigneurie est effectué le 12 mars 1679 au profit de dame Marie de Lalanne. Au début du XVIIIe siècle, terres et château de Villandraut sont à la famille de la Faurie. Vers 1769, la seigneurie de Villandraut est achetée par Charles-Philippe de Pons, de demoiselle Jeanne-Louise de la Faurie, fille mineure de Jean Zacharie de la Faurie, baron de Villandraut. Par succession, ces possessions vont à Louis-Marie, marquis de Pons, lieutenant général des armées du Roi, ministre plénipotentiaire à la cour de Berlin, ambassadeur aux cours de Suède et d’Espagne. A sa mort, les terres furent transmises à son fils, puis au Comte de Sabran-Pontevès. Le château appartient toujours à cette famille.

Entre temps, durant la tourmente révolutionnaire, le château est dépecé, on vend planchers, toitures et autres boiseries et des pierres sont utilisées pour la réfection des routes et chemins. La ruine est ainsi consommée et le château prend dès cette époque le visage que nous lui connaissons. Vers 1865, des locataires vivaient dans le château, utilisaient les salles des tours et avaient transformé les fossés en potager. Le château est classé Monument Historique le 13 juillet 1886. Des fouilles et restaurations légères sont entreprises à l’initiative de Mr Cadis. Le château est repris par l’Association Adichats en 1983, moyennant un bail à long terme signé par les propriétaires, Mesdames de Camé-Marcein et Villeneuve-Esclapon, nées de Sabran-Pontevès.

Le château de Villandraut de nos jours

Les ruines imposantes qui se dressent fièrement au nord du bourg sont les témoins de plusieurs siècles d’histoire et d’évolution architecturale. Traces qu’en ont laissé les différents occupants du XlVe au XIXe siècle. Essayons de faire une promenade dans l’antre même du château tel qu’il nous est parvenu. Aujourd’hui, le château paraît relativement complet. Il ne manque en fait que les structures extérieures (basse-cour, vallum … ).

L’ensemble construit est homogène, et comprend les douves et le château proprement dit. Les douves sont totalement conservées et très peu encombrées. Leurs dimensions sont de 15 m de largeur en plafond pour 6 m 5O de profondeur. Elles ont des particularités précises :

  • Arrondi au droit des tours pour permettre une largeur minimale constante,
  • Contrescarpe totalement maçonnée avec traces de barbacanes, plafond dallé de moellons fichés dans le sol et liés avec un mortier maigre de chaux. Ce sol rare en Aquitaine est en cours de dégagement,
  • Possibilité de mise en eau par plusieurs sources dont la plus importante est au Sud. Un canal souterrain, fermé par une vanne, permettrait la régulation du niveau et évacuait le trop plein vers le Ciron.

Le château conserve un plan barlong de 52 X 43 m, orienté Nord-Sud. L’enceinte, totalement conservée, a une élévation de 18 m, pour une épaisseur moyenne de 2 m. Chaque angle est cantonné d’une tour cylindrique à base talutée. Deux autres tours de 11 m de diamètre pour 27 m de haut offrent à la fois confort résidentiel et rôle défensif Elles se décomposent en quatre niveaux, sur salle basse voûtée en plein cintre, desservis par un escalier en vis, pratiqué dans l’épaisseur des murs. Les deux premiers niveaux sont des pièces octogonales voûtées d’ogives et parfaitement logeables, avec cheminée et latrines. De plus, le deuxième est abondamment éclairé par une ou deux fenêtres. Le niveau supérieur, étage strictement défensif, recevait une charpente. Quant au dernier, c’est en fait le chemin de ronde, protégé autrefois par un parapet crénelé et des hourds. Un important châtelet, front Sud, accessible par un pont de pierre aux arches voûtées au XVIIe siècle défend l’accès principal. Après avoir franchi un double pont mobile, deux assommoirs, deux archères, une herse et une porte, on peut alors pénétrer dans la cour. Elle est de nos jours bordée à l’est et à l’ouest par deux ailes de logis. Les traces de fondations visibles au Nord, permettent de signifier la présence d’une autre aile plus importante. Ces façades encore en place, conservent, notamment à l’étage noble, des portes avec chapiteaux à feuillages et des baies ogivales dont les remplages furent remplacés par des croisées. Sous l’aile Ouest est visible un vaste cellier voûté en berceau brisé. Les logis et la courtine nord gardent très présentes les modifications du XVIIe siècle avec percement de grandes baies et construction d’une galerie d’arcatures plein cintre, dont le pendant fut réalisé au sud, en revers de la façade d’arrivée.

Ouvrages de référence

Informations utiles

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Tel: 05 56 25 87 57

Rue Lafon Isoré, 33730 Villandraut

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