Le château de Saint-Germain-en-Laye, appelé aussi « Château Vieux » par opposition au « Château Neuf« , est une ancienne résidence des rois de France. Il a été le lieu de signature de nombreux traités de paix et d’édits royaux.

Situé dans le centre de Saint-Germain-en-Laye dans les Yvelines, il est aujourd’hui consacré au Musée d’archéologie nationale.

Dessin d'Israël Silvestre.

Le château vieux avant sa rénovation par Napoléon III.

Plan de la ville et des deux châteaux avec le parc et la terrasse.

Son histoire

À l’origine de Saint-Germain-en-Laye il y a la fondation par le roi Robert le Pieux, au début du XIe siècle, d’un église dédiée à Saint-Vincent et à Saint Germain de Paris, dans la forêt de Laye, sur un site élevé au bord du plateau qui domine la Seine.

L’église est confiée d’abord à l’autorité de l’Évêque de Paris et au chapitre Notre-Dame, puis de l’abbaye Notre-Dame de Coulombs qui en fait un prieuré.

Vers 1124, le roi Louis VI le Gros (1081-1137) fait construire, face au prieuré, le premier château fort sur l’emplacement du château actuel.

Saint Louis agrandit le château et y fait construire une chapelle castrale qui est achevée en 1238. Contrairement à ce qui est écrit, son architecte n’est pas le même que la Sainte Chapelle de Paris.

Le , lors de la chevauchée d’Édouard III, pendant la guerre de Cent Ans, le « Prince Noir », fils du roi d’Angleterre Édouard III qui occupe alors Poissy, prend, pille et incendie le prieuré et château de Saint-Germain-en-Laye qui sont détruits à l’exception de la Sainte Chapelle.

Vingt ans plus tard, le roi Charles V fait reconstruire un donjon et restaurer la chapelle par son architecte Raymond du Temple, constructeur aussi des châteaux du Louvre et de Vincenne.

En 1390, la forêt, le château et le village de Saint-Germain sont dévastés par une tempête. « Le ciel qui était serein, s’obscurcit en peu de temps, l’espace d’une lieue seulement, qui faisait le tour du château et il survint une infinité d’éclairs et de coups de tonnerre. Le vent brisa toutes les fenêtres et mit en morceaux tout le vitrage de la chapelle de la reine qu’il porta jusqu’au pied de l’autel. On fut obligé de cesser le chant pour finir plus tôt la messe, de crainte que le vent n’emporta la Sainte Hostie. Tout le monde se jeta par terre. Le Conseil même cessa. Les plus grands arbres de la forêt furent arrachés, et on rapporta à la cour que le tonnerre était tombé entre Saint-Germain et Poissy, sur quatre officiers du roi, dont il avait consumé les os et le dedans du corps, en sorte qu’il ne leur restait que la peau, qui était noire comme du charbon ».

En 1417, le château est à nouveau pris et occupé par les Anglais jusqu’en 1440.

Avec François Ier, qui épouse Claude de France dans la chapelle le 18 mai 1514, le château de Saint-Germain-en-Laye devient la résidence favorite du roi. En 1539, il confie à l’architecte Pierre Chambiges la transformation du château et sa reconstruction dans le style Renaissance tel qu’on le connaît actuellement depuis sa restauration au XIXe siècle. Le château actuel, englobe un donjon construit par Louis VI le Gros et la Sainte-Chapelle construite sous saint Louis.

Henri II, naît au château en 1519 et devient roi de France en 1547. C’est cette même année que se situe l’épisode du coup de Jarnac au cours d’un duel qui se déroule sur l’esplanade du château, le . Le nouveau roi entreprend la construction du « Château neuf », dont il charge l’architecte Philibert Delorme. les travaux sont commencés en 1559, mais la construction ne sera terminée que sous le règne d’Henri IV, vers 1600.

Charles IX en 1550 et Louis XIV en 1638 ainsi que de nombreux princes naissent au château.

Louis XIII s’éteint au Château-Vieux le .

Lors de la Fronde, dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, la reine-mère, Anne d’Autriche, régente, et le jeune Louis XIV, qui n’a qu’onze ans, se réfugient précipitamment au Château-Vieux de Saint-Germain.

Il a été le lieu de signature de plusieurs traités et de plusieurs édits et ordonnances.

De 1661 à 1682, le roi Louis XIV passe une partie importante de son temps à Saint-Germain-en-Laye. Il fait aménager par Le Nôtre des jardins à la française et la Grande Terrasse entre 1663 et 1680. En 1669 il fait aménager, au fond de la forêt du côté d’Achères, le Fort de Saint-Sébastien pour y cantonner et entraîner plusieurs régiments. Il fait également remodeler ses appartements dans le Château-Vieux par Le Brun et Le Vau. En 1680 commencent les travaux d’agrandissement du château, menés par Jules Hardouin-Mansart, par la construction de cinq pavillons d’angle qui lui donnent, selon certains historiens, un « aspect bizarre et déplaisant ».

En 1682, Louis XIV, le dernier roi de France à résider à Saint-Germain-en-Laye, quitta définitivement les lieux pour s’installer à Versailles, alors que les travaux d’agrandissement du château de Saint-Germain ne sont même pas terminés. Le 20 avril 1682, la Cour part définitivement pour Versailles.

Jacques II, roi d’Angleterre, cousin germain de Louis XIV, est accueilli en exil au château, de 1689 à sa mort en 1701 (voir cour jacobite de Saint-Germain en Laye).

La chapelle de saint Louis située dans le château, de style gothique, est un vestige de l’ancien château fort. Elle fut édifiée par saint Louis en 1238. Louis XIV, bien que né au Château neuf dans le pavillon qui est actuellement englobé dans l’hôtel Pavillon Henri IV, y fut baptisé.

En 1777, le roi Louis XVI fait don du Château Neuf, en mauvais état, à son frère Charles, comte d’Artois, le futur Charles X. Celui-ci le fait démolir avec l’intention de le reconstruire.

Avec la Révolution française, le château neuf, une grande partie des dépendances et les terrains situés à l’ouest du château sont vendues comme biens nationaux à des spéculateurs qui y créeront des lotissements.

Sous l’Empire, le Château-Vieux est réparé pour y former une école de cavalerie. Il accueille l' »école spéciale militaire de cavalerie », ouverte le 15 octobre 1809 et fusionnée, en 1914, pour devenir l’école spéciale militaire de Saint-Cyr.

De 1836 à 1855, le château est transformé en pénitencier militaire.

Napoléon III, qui se passionne pour l’histoire des Gaulois et des Romains, décide d’y présenter au public des collections archéologiques.

Le 8 mars 1862, un décret impérial acte la création dans le château d’un « Musée des antiquités celtiques et gallo-romaines » (renommé plus tard « Musée des antiquités nationales », puis récemment « Musée d’archéologie nationale »). À cet effet, le château est classé Monument Historique le 8 avril 1863 et les premiers travaux de rénovation sont engagés par l’architecte Eugène Millet, élève de Viollet-le-Duc, dont la tombe est visible à l’ancien cimetière. Les premières salles du musée sont inaugurées par Napoléon III le 18 mai 1867. La restauration entreprise par Millet, outre une profonde restructuration des espaces intérieurs, restitue le château dans son état Renaissance, en détruisant les pavillons ajoutés par Mansart à la fin du XVIIe siècle. Les travaux ne s’achèvent qu’au début du XXe siècle.

Évènements célèbres

  • En 1238, Baudoin II, empereur de Constantinople, remet à saint Louis, les reliques de la Couronne d’épines du Christ.
  • Le , une rivalité politique se conclut par une joute sanglante. Contre toute attente, Guy Chabot, 7e baron de Jarnac triomphe de François de Vivonne, seigneur de la Chasteigneraie. Le coup de Jarnac est né.
  • L’écrivain à la vie romanesque Étienne de Jouy, de l’Académie française, s’éteint au château où il résidait, le .
  • Le traité de Saint-Germain-en-Laye avec l’Autriche y fut signé le .

Architecture et intérieurs

Le château s’articule autour d’une cour intérieure en forme de trapèze reprenant le tracé primitif du château de Charles V. Les ailes qui encadrent cette cour portent traditionnellement les noms suivants :

  • aile du roi (aile Nord)
  • aile de la reine (aile Est)
  • aile des enfants du roi (aile Sud-Est)
  • aile de la chapelle (aile Sud-Ouest)
  • aile de la salle des fêtes (aile Ouest)

Chapelle Saint-Louis

La chapelle Saint-Louis est un chef-d’œuvre de style gothique rayonnant.

C’est un acte de Louis IX (1214-1270), daté de 1238, qui nous apprend avec certitude qu’une chapelle vient alors d’être construite auprès du château royal ; par cet acte, le roi y instaure un service religieux régulier. Il s’agit d’une Sainte Chapelle, destinée à abriter une relique de la Sainte Épine ou de la Vraie Croix. Par son plan et son architecture, elle est la préfiguration de la grande Sainte-Chapelle que saint Louis (Louis IX) fera bâtir dans l’enceinte du Palais de la Cité à Paris de 1240 à 1248. Il confie ces deux chantiers à son architecte favori, Pierre de Montreuil, qui adapte à Paris des formules architecturales inventées à Saint-Germain : une nef à vaisseau unique, terminée par un chevet à pans, de très hautes verrières découpant la quasi-totalité des murs et des contreforts adossés à l’extérieur, entre les travées.

À Saint-Germain, les ogives de la voûte retombent sur des colonnettes qui descendent jusqu’au sol, entre les baies. Le soubassement nu est placé en retrait derrière une arcature basse isolée. Le volume de l’édifice est donc libéré de tout support intérieur. Le mur ouest est orné d’une grande rose de style gothique rayonnant. Cette appellation renvoie aux rayons des fines rosaces laissant filtrer, par leurs vitraux, la lumière qui, de Dieu, pénètre jusqu’aux clercs puis aux fidèles. Le percement maximum des murs est permis par la technique de la pierre armée. Des éléments de métal sont intégrés à la structure des murs afin d’assurer la stabilité des pierres. C’est dans la chapelle royale de Saint-Germain que Baudoin II, empereur de Constantinople, remet à saint Louis, en 1238 les reliques de la Couronne d’épines du Christ. Ces reliques sont destinées à la Sainte-Chapelle de Paris qui, elle, ne sera consacrée qu’en avril 1248.

La chapelle conserve aujourd’hui une collection lapidaire dont plusieurs plaques gravées, des panneaux de sarcophages provenant de Rosny-sur-Seine et des fragments de sarcophages provenant de Chelles.

Salle de Bal

La salle de bal se situe dans l’aile ouest. Inachevée à la mort de François Ier, elle est inaugurée par son fils Henri II lors d’un grand banquet le pour célébrer le baptême de son fils. Elle mesure plus de 500 m2 et possède une cheminée monumentale ornée d’un motif en pierre où figure la salamandre, emblème de François Ier. Louis XIV la transforme en « salle des Comédies » et l’équipe d’une formidable machinerie. Plus de cent-quarante représentations en tout genre sont données dans cette salle considérée comme la plus grande de tout le royaume. Lully et Molière y connaissent leurs heures de gloire. En 1666, Louis XIV se produit lui-même dans le ballet des Muses.

Cette salle abrite aujourd’hui la salle d’archéologie comparée.

Parcs et jardins

André Le Nôtre a réalisé en 1663 le parc régulier puis, en 1669, la grande terrasse dominant la vallée de la Seine.

Le jardin irrégulier (paysager) a été réalisé en 1845 par Alexandre Prosper Loaisel de Tréogate, ingénieur des Domaines de la Couronne, à la demande du comte de Montalivet, intendant de la Liste civile.

Cette demande de création d’un jardin anglais par le roi Louis-Philippe a été faite en 1844 à l’occasion de la création de la gare terminus de la ligne de chemin de fer entre Paris et Saint-Germain-en-Laye.

Le domaine est labellisé « Jardin remarquable ».

Grande terrasse de Saint-Germain-en-Laye

La grande terrasse de Saint-Germain-en-Laye est une terrasse surplombant la vallée de la Seine à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Construite à la fin du XVIIe siècle, elle fait partie du domaine national de Saint-Germain-en-Laye qui comprend en outre le parc et le château.

Description

Longue de quelque 2 400 mètres (mais plus certainement 1 000 toises, confortant ainsi la mesure de la toise du Châtelet) et large d’une trentaine de mètres, la terrasse proprement dite est bordée de tilleuls (nouvellement replantés au début des années 2000, les tilleuls précédents n’ont pas subi les dégâts causés par la tempête de décembre 1999 contrairement à ce qui est parfois dit, mais abattus plus tôt dans l’année en raison de leur vieillesse, ils furent plantés à l’époque d’André Le Nôtre), avec la forêt de Saint-Germain-en-Laye d’un côté et une vue dégagée sur l’Ouest parisien de l’autre. En particulier, de ce promontoire dominant la Seine et la boucle de Montesson, on aperçoit au loin la tour Eiffel, les tours de La Défense, ou encore Montmartre et la tour Montparnasse.

Elle possède une « demi-lune » au premier tiers de sa longueur. Un effet de perspective, avec une déclivité jusqu’à la demi-lune puis un léger faux plat, trompe l’œil des promeneurs qui, n’ayant parcouru que le tiers de sa longueur, ont l’impression d’avoir atteint sa moitié. Par ailleurs, ce creux, vu depuis l’extrémité sud, a tendance à écraser la perspective sur cette ligne droite exceptionnellement longue (2000m), afin de ne pas décourager le promeneur.

Une balustrade de fer forgé, qui n’existait pas à l’origine, court sur toute la longueur.

L’autoroute A14 traverse la terrasse par le tunnel de Saint-Germain sur 1855 mètres (à 60m sous terre). À l’est, le viaduc de Montesson déverse l’autoroute en contrebas de la terrasse.

Historique

La grande terrasse de Saint-Germain-en-Laye a été créée par André Le Nôtre sur demande de Louis XIV entre 1669 et 1674. Elle fut construite afin d’agrémenter les jardins du Château-Neuf, dont c’est l’un des seuls vestiges.

Promenade sur les toits

Cette visite est très intéressante car non seulement elle offre un très beau panorama sur la ville et la région, mais en plus, elle permet d’appréhender le château sous un angle unique.

Attention, cette visite ne se fait que sur réservation et si la météo est favorable.

Musée d'Archéologie nationale

Le musée des antiquités nationales, créé en 1867 et devenu musée d’Archéologie nationale et domaine national de Saint-Germain-en-Laye en 2009, est un musée consacré à l’archéologie de la France. Il présente une riche collection d’archéologie comparée des cinq continents.

Son histoire

L’histoire du musée d’Archéologie nationale débute dans la seconde moitié du XIXe siècle. Depuis sa création, le musée changea de nom à plusieurs reprises pour devenir en 2009 ; le Musée d’Archéologie nationale et domaine national de Saint-Germain-en-Laye.

Napoléon III est un passionné d’histoire et d’archéologie. Il a pour projet d’écrire une biographie monumentale de Jules César. Pour construire cette biographie, il charge la Commission de topographie des Gaules de trouver les traces de la conquête romaine sur le territoire national, notamment à Alésia et à Gergovie. Le choix du lieu de conservation pour ces témoignages archéologiques se fixe sur le château de Saint-Germain-en-Laye, qui fait dès lors l’objet d’une restauration sous la direction d’Eugène Millet, élève de Viollet-le-Duc.

Si la priorité est donnée aux périodes celtiques et gallo-romaine, le champ s’élargit aux « antiquités provenant des débris de civilisations qui se sont succédées sur le sol de la Gaule, depuis les temps les plus reculés jusqu’au siècle de Charlemagne, ainsi que tous les documents d’origine étrangère qui pourront servir à éclairer la partie de l’histoire de notre pays comprise entre ces limites de temps ». Le 8 mars 1862, Napoléon III signe le décret de création du Musée Gallo-Romain.

En 1864, l’officier Verchère de Reffye, particulièrement impliqué dans la création du musée, propose à l’Empereur un projet de « musée historique » visant à « fournir à l’historien les documents précis sur la vie de nos Pères ; c’est d’inviter l’industriel au secret des anciennes fabrications, de faire connaître à l’artiste comment l’art s’est modifié, […] ». Une commission consultative pour l’organisation du musée est créée début 1866. Cette commission réunit une quinzaine de personnalités scientifiques parmi lesquelles se trouvent de nombreux membres de la Commission de topographie des Gaules. Le 11 avril 1866, la commission consultative rend un rapport dans lequel elle définit précisément les axes du projet, l’organisation des espaces du musée et un budget estimatif. Le musée se concrétise.

Napoléon III et le comte de Niewerkerke, chargé des musées impériaux, suivent de très près l’avancée du chantier. C’est alors sous une pluie torrentielle que Napoléon III inaugure, le 12 mai 1867, le Musée Gallo-Romain, et ce, alors que l’Exposition universelle bat son plein à Paris. Sept salles sont ouvertes au public. Dès les premiers jours, c’est 1500 visiteurs qui se pressent aux portes du musée.

Napoléon III – Gravure.

L’Occupation

Jusque dans les années 1920, le musée connaît une expansion notable et passe de 25 salles d’exposition en 1887 à 43 en 1926. C’est d’ailleurs à cet endroit que fut signé le traité de Saint-Germain de 1919. Néanmoins à partir des années 1930, le contexte de la crise et des tensions internationales se ressent particulièrement au musée. Dès 1936, des notes de la direction du musée établissent des plans d’urgence pour sauver des œuvres, incluant une liste de pièces importantes, des achats et aménagements à prévoir pour réaliser une évacuation. L’architecte Jean Hulot est même mandaté pour prévoir des aménagements à cet effet. Il conclut d’ailleurs avec Raymond Lantier qu’on ne peut pas faire grand chose pour protéger le musée, à l’exception de la mise en place de protections en sacs de sable. Les caves sont prévues dès lors pour être des refuges pour le personnel : leurs voûtes font en effet 2,70 mètres d’épaisseur, et on peut même y installer un poste de secours. Des masques à gaz rejoignent l’inventaire de l’équipement destiné au personnel. Le lieu de destination des œuvres les plus importantes est débattu, mais on s’arrête alors sur l’idée de les mettre dans les caves de la Banque de France. On fabrique donc de nombreuses caisses de bois pour prévoir le transport. Les rapports de l’époque concluent qu’il faudrait 12 grands camions pour évacuer les objets, 10 vers la province, 2 vers Paris, cependant ces camions prévus seront réquisitionnés par l’armée dès 1938. Si les accords de Munich apaisent un temps les tensions, le 24 août 1939, la direction appelle le musée pour prévenir que les musées nationaux fermeront le lendemain, et doivent être évacués. Une partie des collections part pour Chambord, ou pour Cheverny. Le 11 juin 1940, un poste militaire est établi dans la loge du concierge. Le personnel du musée est alors extrêmement réduit. Dès le 24 juin 1940, le musée est occupé par les troupes allemandes. Commencent alors quatre années de lutte pendant lesquelles Raymond Lantier essaye par tous les moyens de contenir la présence allemande au château et dans les réserves du musée. La salle d’exposition I est cependant convertie en salle de réunion pour les autorités allemandes d’Île-de-France. Au gré des exercices de tir menés dans les douves, et des réquisitions de salles, le musée est progressivement occupé par les troupes du Reich. Le château souffre dès 1942 des bombardements, notamment celui du pont du Pecq, et voit ses vitraux en partie soufflés. Avec le débarquement allié et la libération de la France, les événements se précipitent. Le 26 août 1944 le drapeau français est hissé sur la porte du château et sur l’une des tours. Durant ces années d’occupation et de relative léthargie, le musée avait réduit son régime d’activité, mais acquis quelques objets. Les pièces et collections reviennent progressivement après la fin de la guerre, et le musée rouvre le 2 octobre 1945. Il faudra attendre le 15 mars 1946 pour que le rapatriement s’achève. Le musée sort ainsi de la guerre relativement épargné.

Années 1960 : la restauration Malraux

La présentation des salles du musée avait peu évolué avant 1900, et apparaissait vétuste et inadaptée aux nouvelles exigences du public après la Seconde Guerre mondiale. C’est dans ce contexte qu’intervient André Malraux, ministre des Affaires culturelles de 1959 à 1969, passionné d’archéologie. Le musée fait donc l’objet d’un vaste et ambitieux programme de rénovation, dès 1961, sous sa direction ainsi que celle de René Joffroy (conservateur puis directeur en 1957 et 1984). D’autres experts participent à ce programme : Paul-Marie Duval, Claude Poinssot, Pierre Quoniam. Le parcours muséographique est refondé : de quatre niveaux il n’en occupe plus que deux, l’entresol et le premier étage. Le nombre de salles est ramené à 19 : le rez-de-chaussée est dévolu aux espaces d’accueil, les anciennes salles du deuxième et dernier étage deviennent des réserves. Les moulages disparaissent des espaces d’exposition et sont mis en réserve. La collection exposée est limitée à 30 000 objets, mettant fin à la muséographie « encyclopédique » et foisonnante précédente. L’architecte André Hermant prend le parti de « calmer l’étrange décor » du château, en dissimulant une grande partie des restaurations de Millet, en occultant une partie des fenêtres. Ce nouveau musée est visité par Charles de Gaulle le 25 mars 1965, et est inauguré par André Malraux le 9 avril de la même année. Les rénovations suivent ensuite leur cours, se concentrant sur l’entresol et permettant l’ouverture des salles sur le Deuxième âge du Fer en 1971, celles sur le Premier âge du Fer, l’âge du Bronze, et le Néolithique en 1973. Deux conservateurs successifs sont alors à la manœuvre, Jean-Pierre Mohen et Alain Duval, qui seront chacun directeur du musée de 1987 à 1992 pour le premier, et de 1992 à 1996 pour le second. Les salles du Paléolithique sont inaugurées en 1976 sous la férule d’Henri Delporte (conservateur depuis 1966, puis directeur de 1984 à 1987). L’ensemble de ce nouveau programme muséographique est parachevé en 1984 avec l’ouverture de la salle d’Archéologie comparée, installée dans la plus grande salle du château, la salle de Mars.

Le château fit ensuite l’objet de nouvelles campagnes de restauration : les façades de la cour entre 1998 et 2000, ayant permis de restituer les appareillades de briques en trompe-l’œil sur les parties basses. Depuis 1999, ce sont les salles de l’entresol qui ont été restaurées de même, en attendant une ultérieure restructuration complète du musée. Toutes les salles du Paléolithique à l’âge du Fer ont d’ores et déjà été rénovées au cours d’une campagne qui a pris fin en 2006. On notera aussi le projet de construction d’une réserve de proximité pour le musée, afin d’accroître la surface des salles d’exposition de 1 800 m2. Le musée a aussi fait l’objet d’un important programme de modernisation de sa structure au cours des années 2001-2003.

En 2009, le musée d’Archéologie nationale et le Domaine de Saint-Germain-en-Laye ont été réunis sous la forme d’un SCN (service à compétence nationale). Nous pouvons ainsi parler d’une institution constituée d’un musée, d’un château et de jardins.

Collections

Dès 1880, grâce à l’impulsion d’Alexandre Bertrand, mais aussi de Gabriel de Mortillet, et de Salomon Reinach, le musée compte déjà 44 salles d’exposition. Les collections grandissent, se diversifient, et ouvrent au public progressivement.

Aujourd’hui le musée présente environ 30 000 objets archéologiques exposés et en conserve environ 3 millions dans ses réserves, ce qui en fait l’une des plus riches collections d’Europe. Ces objets, découverts sur le territoire national, couvrent différentes périodes chronologiques : le Paléolithique, le Néolithique, l’Âge du Bronze, l’Âge du Fer, la période romaine (Gaule romaine) et le premier Moyen-Age (Gaule mérovingienne). Une partie des collections provient de l’étranger et a été collectée dans un but comparatiste. Cette collection des cinq continents comporte à la fois des objets archéologiques et ethnologiques, présentée dans la salle d’Archéologie comparée.

Les collections paléolithiques comprennent des objets liés au travail de la pierre, tels que galets aménagés, bifaces, ou microlithes, à celui de l’os et du bois de renne, tels qu’aiguilles, poinçons ou harpons. Au paléolithique supérieur apparaissent les plus anciennes manifestations de l’art, comme des représentations stylisées d’organes sexuels.

Le parcours du musée permet d’appréhender l’évolution de l’homme depuis l’homo erectus, grâce à des moulages de crânes.

Parmi les objets les plus connus des collections paléolithique du musée se trouve la dame de Brassempouy, issue des nombreuses fouilles d’Édouard Piette dans les Pyrénées. Parmi les nombreux objets de sa collection donnée au musée, environ 10 000 sont exposés aujourd’hui dans la salle Piette. Cette salle, accessible sur réservation avec un accompagnant du musée, a été restaurée et rouverte en 2008, avec comme volonté de respecter la muséographie du XIXe siècle.

Vulve stylisée sur pierre, Aurignacien.
Dame de Brassempouy, Gravettien.
Biface « feuille de laurier » (Volgu, Saône-et-Loire), Solutréen.
Harpons et os sculptés, Magdalénien.
Tête de cheval (Angles-sur-l’Anglin, Vienne), Magdalénien.

La Vénus du Mas d’Azil, Magdalénien.

Le Néolithique (vers 5800 à 2100 ans av. J.-C.) est la deuxième période de la Préhistoire. L’homme y devient producteur de ses subsistances et non plus prédateur et il influe désormais sur son environnement. C’est le moment où les populations se sédentarisent avec l’apparition de l’agriculture et de l’élevage. Les hommes construisent les premiers villages et élèvent des mégalithes, les premiers témoignages d’architecture monumentale. Cette période se caractérise notamment par des innovations techniques telles que le polissage de la pierre, l’apparition de la céramique et le tissage. Les premiers réseaux d’échange à longue distance se constituent.

Une salle est consacrée à ces collections dans le parcours du musée. Cette présentation est thématique et régionale :

  • Les témoignages des premières pratiques agricoles et de l’élevage.
  • Les inventions et techniques majeures : le polissage des outils de pierre, la céramique, le tissage.
  • L’évocation des premières mines de silex.
  • La parure : perles et pendentifs en coquillages, dents animales perforées.
  • L’expression de la pensée religieuse : statuettes féminines et statues menhirs.
  • Le mobilier funéraire de sépultures mégalithiques (dolmens).
  • Apparition de la métallurgie (cuivre).

Une vitrine au centre de la salle présente une sépulture, retrouvée à Cys-la-Commune (Aisne),et datée de 5000 ans av. J.-C. On peut y voir le squelette d’une femme entourée de différents éléments de parure.

Des polissoirs et plusieurs allée couvertes retrouvés en Ile-de-France sont visibles en accès libre dans la cour du château.

Haches de prestige en pierre polie du Néolithique (dépôt dit de « Bernon »). Taillées dans de la fibrolite et dans de la roche verte probablement extraite dans les Alpes.

Stèle en calcaire (Cavaillon, Vaucluse), vers le IVe millénaire av. J.-C.
Haches cérémonielles polies.
Jarre en terre cuite.

À l’âge du Bronze (vers 2100 à 750 av. J.-C.), la société reste assez similaire à celle du néolithique, mais l’avancée technique que représente le bronze va faire évoluer la société qui se hiérarchisera de plus en plus.

L’abondance de l’or à l’âge du bronze explique le grand nombre d’objets et bijoux fabriqués dans ce matériau à cette époque.

Le premier Âge du fer (780-480 av. J.-C.), correspondant à la civilisation de Hallstatt, est une période pendant laquelle des défunts privilégiés sont inhumés sous tumulus (Bourgogne, Lorraine, Franche-Comté, Berry…) : Vix, Sainte-Colombe-sur-Seine, Magny-Lambert, Apremont

Le second Âge du fer (480 av. J.-C. – début de notre ère) est marqué par une société guerrière qui monte en puissance du Ve siècle av. J.-C. au IIIe siècle av. J.-C.. Les Gaulois excellent notamment en poterie, verrerie, métallurgie (bronze et fer).

Les collections du musée montrent les transformations de la Gaule et la vie des Gaulois avant la conquête romaine. La collection d’art celtique est l’une des plus importantes au monde.

Le second âge du fer

Casque (Italie du Nord), IIeIer siècle av. J.-C.

La Gaule romaine (de 52 av. J.-C. à fin du Ve siècle apr. J.-C.) : à la suite de la conquête de la « Gaule chevelue » par Jules César, la Gaule est intégrée dans l’Empire romain. L’urbanisation avance avec l’arrivée des villes et la construction d’édifices publics ; un réseau routier se constitue à travers toute la Gaule.

Les 6 salles du département gallo-romain montrent les dieux, le monde des morts, la présence de l’armée romaine en Gaule, les types d’artisanat et la vie quotidienne (alimentation, costume, parure, loisirs, cadre domestique, médecine, transport, écriture…).

Le premier Moyen Âge (du Ve au VIIIe siècle apr. J.-C.) commence avec la dynastie des Mérovingiens, fondée par Clovis. La Gaule devient alors progressivement franque et sa christianisation progresse. De cette période, ont été trouvés de nombreux bijoux cloisonnés avec des grenats sertis dans des cloisons métalliques, mais aussi des boucles de ceintures damasquinés avec des fils d’argent ou de laiton insérés dans des sillons gravés dans le fer.

Plaque-boucle en bronze.

Parce que les vestiges sont muets, l’archéologue fait parfois appel à d’autres sciences humaines telles que l’ethnologie ou la sociologie pour interpréter les traces du passé.

C’est dans cet esprit que la salle d’archéologie comparée des cinq continents a été conçue au début du XXe siècle par Henri Hubert et Marcel Mauss qui souhaitaient illustrer « l’histoire ethnographique de l’Europe et de l’humanité » depuis les origines de l’homme jusqu’au Moyen Âge. Henri Hubert a conçu le plan général de cette salle selon deux idées novatrices pour l’époque :

  • en tant que sociologue, il estime que seule une vision globale (spatiale et temporelle) des cultures humaines peut mener à une juste compréhension du phénomène sociologique ;
  • pour lui, la comparaison des traces des sociétés humaines doit se faire selon une présentation de leur niveau technique.

Cette approche comparatiste a connu une grande vogue au XIXe et au XXe siècle, même si certains rapprochements n’ont pas résisté à une critique sévère (par exemple la comparaison des chausseurs magdaléniens avec les esquimaux) mais la méthode comparatiste, conçue avec rigueur et soumise à certaines conditions, est omniprésente dans toute démarche archéologique. Il était également nécessaire pour éclairer les phénomènes culturels anciens dans leur espace réel, de sortir des limites du territoire français et d’une approche nationaliste.

Au musée d’Archéologie nationale cette approche a débouché sur deux axes de présentation qui se recoupent :

  • l’axe longitudinal de la salle où sont évoquées les étapes techniques selon leur ordre d’apparition depuis le Paléolithique jusqu’au Moyen Âge : taille de la pierre, travail de la terre cuite, métallurgie.
  • et plusieurs axes transversaux qui permettent de comparer différentes aires géographiques : Afrique, Asie, Proche-Orient, Europe, Amérique et Océanie.

Ce parcours permet de souligner les ressemblances et les différences d’évolution entre les cultures des différentes régions du monde. La présentation actuelle est héritée de celle réalisée par Henri Hubert entre 1910 et 1927 mais le parcours a été rénové entre 1978 et 1984.

Le visiteur fait successivement la connaissance des cultures paléolithiques et néolithiques d’Afrique (Maghreb, Afrique du Sud, Éthiopie, Bénin, Congo, Côte d’Ivoire, Zaïre, etc. ). Puis il est confronté à la naissance des civilisations du Bassin méditerranéen et du Moyen-Orient (Égypte pré-dynastique, ancienne Suse en Iran, ancienne Thrace bulgare). Ensuite, il peut comparer le développement et la maîtrise technique des métallurgistes des Âges du Bronze et du Fer dans le Caucase et en Europe (objets provenant de Chypre, de Grèce, d’Italie, d’Espagne, de Hongrie, d’Allemagne, du Danemark, de Suède, d’Azerbaïdjan, d’Ossétie du Nord, etc. ). D’un continent à l’autre et parfois à des époques différentes, les objets exposés montrent un état de développement similaire (passage de l’état de chasseur-cueilleur à l’état de producteur), l’utilisation d’une même technique (exploitation du silex ou de l’obsidienne) ou au contraire des formes ou des décors extrêmement différent (comparaison Asie-Amérique, rendue possible par des objets provenant de Chine, du Vietnam, du Japon, de Malaisie, du Pérou, des Caraïbes, du Groenland, d’Amérique du Nord, etc.).

La majorité des collections est entrée avant la Première Guerre mondiale. Le premier apport a été la collection scandinave offerte en 1862 par le roi du Danemark, Frédéric VII. Les autres grandes collections sont arrivées par l’intermédiaire d’Ernest Chantre pour les séries du Caucase ou de Jacques et Henri de Morgan grâce aux produits de leurs fouilles dans le Talyche persan, à Suse en Iran et dans les nécropoles pré-dynastiques d’Égypte.

Depuis 2014, la salle abrite de nouveau les collections d’origine océanienne grâce à la présentation de séries ethnographiques de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

La salle d’Archéologie comparée se trouve dans l’ancienne salle de bal du château, aussi appelée la salle de Mars.

Tambour de bronze décoré de quatre groupes de trois grenouilles (Chine du Sud), vers le VIe siècle apr. J.-C., illustrant les débuts de la métallurgie en Chine.

Ouvrages de référence

Informations utiles

Tel: 01 39 10 13 00

Place Charles de Gaulle, 78100 Saint-Germain-en-Laye

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